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09 avril 2018

Mektoub My Love : Canto Uno

Kechiche fait défruinitivement partie de mes réalisateurs préférés. Après sa palme d’or pour La Vie d’Adèle, il vous séduira encore une fois si vous êtes friand du cinéma en tant qu’expérience, et non en tant que simple divertissement.

Mektoub My Love, c’est une histoire très simple : Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale pour retrouver sa famille et ses amis d’enfance. Fasciné par les nombreuses jeunes femmes qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans la sensualité de l’été.

La « patte Kechiche » est là, exactement comme dans La vie d’Adèle. On entre dans le film par une scène de sexe brutale et crue, néanmoins sensuelle. L’utilité de la scène est discutable, mais elle nous confirme une chose : que ce soit un couple hétérosexuel ou homosexuel comme dans La Vie d’Adèle, la vision Kechiche est la même ; à savoir un amour physique sauvage, dénué de romantisme, mais tellement réaliste ! Petit clin d’œil à La Vie d’Adèle encore, on retrouve une scène de « je mange des spaghettis en gros plans en m’en mettant partout ». Gros plans qui d’ailleurs, sont décidément la particularité – et la force – de la mise en scène Kechiche. On vit le film, il nous colle à la peau, que ça nous plaise ou non !

Alors préparez-vous à vivre une expérience de deux heures et cinquante-cinq minutes : rayons de soleil aveuglants, musique des années 90 à toute pompe, gros plans intimistes, scènes extrêmement longues et dialogues futiles… Regarder Mektoub My Love est long et éprouvant, à la fois jubilatoire, excitant et ennuyant. Pourquoi c’est fabuleux ? Parce que grâce à son cinéma, Kechiche parvient à nous faire vivre cette histoire par procuration. Nous ressentons les émotions de chaque personnage, nous les comprenons, nous sommes si proches d’eux, et au milieu…

…il y a Amin, la richesse du scénario. Personnage central, c’est le plus mystérieux, celui qui n’exprime pas ses sentiments et qui observe cette communauté pour y trouver, peut-être, un amour authentique parmi toutes ces femmes.

Dans ce flot de captures à vif du quotidien, parmi tous ces dialogues lourds et ce langage parlé « nan mais genre tu vois, ça le fait trop pas… » nous parvenons à recomposer le puzzle d’Amin pour comprendre qui il est, et ce qu’il cherche. Ainsi, sous son regard et le nôtre, Mektoub my love est une belle critique sur les relations humaines, la vie en communauté et l’affirmation de soi.

C’est ce genre de film qui me fait tant aimer le cinéma : celui qui dérange, qui provoque, qui expose la vie telle qu’elle est, les corps tels qu’ils sont… Un cinéma qui se vit passionnément !

 

 

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