Synopsis de Les 8 Salopards
Le chasseur de primes John Ruth fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes.

L’avis de Maxime

Le nouveau Tarantino est arrivé ! Grand fan devant l’éternel du bonhomme, je vous laisse imaginer mon trépignement au moment de rentrer dans la salle de ciné. La bande-annonce ne laissait prévoir que du bon, et rien ne m’amenait à penser que ce film allait me décevoir. Voyons donc si QT a tenu son pari avec sa nouvelle plongée dans le monde des westerns.

L’histoire est donc simple mais loin d’être simpliste. Se déroulant après la chute des sudistes américains, on retrouve le thème de la traite des noirs déjà présent dans « Django Unchained » qui ne manquera pas de semer quelques discordes. Le développement du scénario à base de chapitre si cher à Tarantino est de retour, auquel vient parfois s’ajouter un narrateur, débarquant de nulle part au milieu du film, et s’adressant aux spectateurs comme si il contait une histoire à des enfants, ce qui est assez drôle. Comme s’il n’y avait pas assez de gueules cassées dans ce film pour nous livrer ce récit.

Parlons-en d’ailleurs de cette bande de salopards avec qui nous sommes invités à passer presque trois heures dans une auberge en plein blizzard. QT a ramené toute sa bande d’habitués (Russel, Jackson, Madsen, Roth et même Dern et Goggins qui signent ici leur deuxième rôle Tarantinesque) auxquels viennent s’ajouter de nouvelles têtes (Jason Leigh, Bichir). Chacun tient son personnage à la perfection, même si je trouve Michael Madsen un peu sous-exploité. Néanmoins, la force de Tarantino, c’est d’arriver à donner un charisme indéniable à tous ces personnages, en faisant de ceux qu’on voyait comme des ploucs de service au premier abord des personnes qui se révèlent complètement, et souvent de manière inattendue et brutale. Mention spéciale à monsieur Samuel L.Jackson qui envahi l’écran par sa prestation dans un rôle taillé pour lui, dans lequel il a dû bien s’amuser.

Les 8 salopard

Les faces à faces sont extrêmement tendus ©The Weinstein Company

Mais le coup de maître des « 8 salopards », ce sont ses dialogues, qui sont pour moi parmi les meilleurs que Tarantino n’ait jamais écrit. En plaçant son récit dans l’après-guerre de sécession, le réalisateur s’est offert un sujet de choix pour créer des tensions entre ses différents protagonistes. Les différents entre sudistes et nordistes, esclavagistes et combattants de la liberté, blancs et noirs… Autant de points sur lesquels nos huit salopards vous pouvoir gentiment se vanner avec un langage des plus fleuri. Parce qu’un film de Tarantino, c’est comme ça que ça fonctionne. De longues discussions qui font très doucement monter la pression, jusqu’à ce que la tension soit intenable et finisse par exploser dans un déchaînement de violence fulgurante. « Les 8 salopards » s’inscrit dans cette logique, mais elle est ici poussée à l’extrême. Passé le plan séquence de départ très travaillé du générique, on pourrait presque réduire l’histoire à une montée en tension de deux heures et un climax ultra-violent dans le dernier quart. J’ose même m’avancer à dire qu’il s’agît probablement du film de Tarantino le plus gore, le plus graphique et surtout le plus réaliste à ce niveau, ce qui dénote complètement avec les fusillades décomplexées de son précédent western.

Par ailleurs, le fait d’enfermer tous les protagonistes dans un seul et même lieu dont personne ne peut s’échapper donne au long-métrage un cachet complètement différent de celui de « Django Unchained ». On a l’impression de se retrouver dans une véritable enquête policière, alors que le décor et la situation rappelle presque ceux d’un film horrifique. Ce mélange est assez étonnant mais marche plutôt bien, nous plongeant dans une tension omniprésente jusqu’à la dernière seconde du film. Et la bande originale (signé Ennio Morricone, western oblige) colle parfaitement à chaque scène et contribue grandement à l’ambiance de ce huis clos hivernal. J’avoue néanmoins que j’ai été au final un peu déçu par la musique, que je trouve moins marquante que dans les précédentes réalisations de QT.

Bref, « Les 8 Salopards » est sans conteste un bon film de Tarantino, jouant ses codes à fond et nous offrant un western totalement original. Je vous le conseille sans problème.

L’avis de Paul :

Oh my ! L’avantage avec Tarantino, dans mon cas, est que je n’ai jamais été déçu par un de ses films. En allant voir un Tarantino, je sais pertinemment  que je vais ressortir de la salle avec un sourire jusqu’aux oreilles, avec le sentiment bénéfique d’un mec qui sort d’une bonne séance de ciné. Et le côté magique, c’est que je sais globalement à quoi m’attendre, mais je suis toujours surpris ; et ça a été le cas avec Les 8 Salopards.

Avec ce film, Tarantino nous offre un retour aux sources, avec un huis clos à l’ambiance poisseuse dans l’esprit de son Reservoir Dogs, et un casting de choix, composé d’acteurs fétiches (Samuel L. Jackson), de nouvelles têtes (Jennifer Jason Leigh) et d’anciens dont la dernière collaboration avec QT remonte pour certains à ses début (Tim Roth, Kurt Russell). Le film nous réserve même quelques guest inattendus à la fin du film. Le découpage du film en chapitre, l’une de ses marques de fabrique, va lui permettre de jouer avec la temporalité et de nous offrir avec un très beau flash back le fin mot de l’histoire. Et ainsi que mon collègue l’a pointé, un narrateur qui n’est autre que Tarantino lui-même fera son apparition au beau milieu du récit ; ce choix de narration, qui peut surprendre dans la version classique du film, a plus surement été pensé pour les projections du film en 70 mm (à l’une desquelles  votre serviteur a assisté) et qui comporte une introduction et un entracte.

Le tour de force du film est d’annoncer d’emblée que ses personnages sont des anti-héros, mais de leur donner à chacun une personnalité telle que le spectateur va finir par les apprécier. C’est justement là le grand talent de Tarantino : la qualité d’écriture de ses personnages, qui vont quant à eux être portés par des acteurs dirigés à la perfection. Samuel L. Jackson nous offre une prestation d’un ancien militaire qui lutte contre le racisme bien ancré dans cette période d’après guerre de sécession, qui lui va comme un gant. Walton Goggins est impeccable en presque shérif encore jeune et inexpérimenté qui s’apprête à recevoir une bien lourde charge, Tim Roth très bon dans le rôle du bourreau/dandy et joue beaucoup de son accent british, et les autres membres du casting jouent également avec un réalisme et un background qui apporte de l’ampleur à l’histoire.

Les 8 salopards

Les dialogues sont terriblement savoureux © The Weinstein Company

La réalisation est, comme dans toute la filmographie de Tarantino, incroyable de dynamisme et de précision. On trouvera beaucoup de gros plans, ce qui nous fera ressentir la difficulté de cohabitation de 9 personnes inconnues dans un petit espace tel que l’épicerie de Minnie. Et c’est également ceux-ci qui nous fera ressentir ce film comme le plus violent et sanglant de QT. L’espace dans la pièce est délimité par des plans fixes qui donnent presque l’impression d’avoir des pièces différentes, montrant que chacun peut essayer de s’isoler ; mais l’isolation ne dure guère et les protagonistes sont sans cesse ramenés à la réalité par différentes altercations. Et pour ajouter à ce qua dit Max à propos d’un western sous forme d’enquête policière, on peut facilement y associer cette découpe de l’espace et le film se transformerait presque en une partie de cluedo.

Car l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai énormément apprécié ce film est que Tarantino brouille les pistes, fait douter le spectateur, pour finir sur le retournement final en un condensé de violence pure et très réaliste (qui, il faut bien l’admettre, est tournée de sorte à ce que le spectateur s’en amuse, dans un style purement tarantinesque), et qui, effectivement, va nous faire douter de l’issue jusqu’au dernier instant du film.

Pour finir, quelques mots rapides sur une bande son magnifique signée Enio Moricone, qui hablle parfaitement le film et l’ambiance western/thriller, mais qui, chose incroyable chez ce cher Quentin, reste assez discrète.

Au final, si vous êtes familier de Pulp Fiction, Inglorious Basterds et autres Kill Bill, et que vous appréciez, foncez voir ce film, c’est sans conteste l’un des meilleurs de la filmographie de Tarantino, une vraie réussite !

Synopsis de Les 8 Salopards
Le chasseur de primes John Ruth fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes.

L'avis de Maxime

Le nouveau Tarantino est arrivé ! Grand fan devant l’éternel du bonhomme, je vous laisse imaginer mon trépignement au moment de rentrer dans la salle de ciné. La bande-annonce ne laissait prévoir que du bon, et rien ne m’amenait à penser que ce film allait me décevoir. Voyons donc si QT a tenu son pari avec sa nouvelle plongée dans le monde des westerns.

L’histoire est donc simple mais loin d’être simpliste. Se déroulant après la chute des sudistes américains, on retrouve le thème de la traite des noirs déjà présent dans « Django Unchained » qui ne manquera pas de semer quelques discordes. Le développement du scénario à base de chapitre si cher à Tarantino est de retour, auquel vient parfois s’ajouter un narrateur, débarquant de nulle part au milieu du film, et s’adressant aux spectateurs comme si il contait une histoire à des enfants, ce qui est assez drôle. Comme s’il n’y avait pas assez de gueules cassées dans ce film pour nous livrer ce récit.

Parlons-en d’ailleurs de cette bande de salopards avec qui nous sommes invités à passer presque trois heures dans une auberge en plein blizzard. QT a ramené toute sa bande d’habitués (Russel, Jackson, Madsen, Roth et même Dern et Goggins qui signent ici leur deuxième rôle Tarantinesque) auxquels viennent s’ajouter de nouvelles têtes (Jason Leigh, Bichir). Chacun tient son personnage à la perfection, même si je trouve Michael Madsen un peu sous-exploité. Néanmoins, la force de Tarantino, c’est d’arriver à donner un charisme indéniable à tous ces personnages, en faisant de ceux qu’on voyait comme des ploucs de service au premier abord des personnes qui se révèlent complètement, et souvent de manière inattendue et brutale. Mention spéciale à monsieur Samuel L.Jackson qui envahi l’écran par sa prestation dans un rôle taillé pour lui, dans lequel il a dû bien s’amuser.

Les 8 salopard

Les faces à faces sont extrêmement tendus ©The Weinstein Company

Mais le coup de maître des « 8 salopards », ce sont ses dialogues, qui sont pour moi parmi les meilleurs que Tarantino n’ait jamais écrit. En plaçant son récit dans l’après-guerre de sécession, le réalisateur s’est offert un sujet de choix pour créer des tensions entre ses différents protagonistes. Les différents entre sudistes et nordistes, esclavagistes et combattants de la liberté, blancs et noirs… Autant de points sur lesquels nos huit salopards vous pouvoir gentiment se vanner avec un langage des plus fleuri. Parce qu’un film de Tarantino, c’est comme ça que ça fonctionne. De longues discussions qui font très doucement monter la pression, jusqu’à ce que la tension soit intenable et finisse par exploser dans un déchaînement de violence fulgurante. « Les 8 salopards » s’inscrit dans cette logique, mais elle est ici poussée à l’extrême. Passé le plan séquence de départ très travaillé du générique, on pourrait presque réduire l’histoire à une montée en tension de deux heures et un climax ultra-violent dans le dernier quart. J’ose même m’avancer à dire qu’il s’agît probablement du film de Tarantino le plus gore, le plus graphique et surtout le plus réaliste à ce niveau, ce qui dénote complètement avec les fusillades décomplexées de son précédent western.

Par ailleurs, le fait d’enfermer tous les protagonistes dans un seul et même lieu dont personne ne peut s’échapper donne au long-métrage un cachet complètement différent de celui de « Django Unchained ». On a l’impression de se retrouver dans une véritable enquête policière, alors que le décor et la situation rappelle presque ceux d’un film horrifique. Ce mélange est assez étonnant mais marche plutôt bien, nous plongeant dans une tension omniprésente jusqu’à la dernière seconde du film. Et la bande originale (signé Ennio Morricone, western oblige) colle parfaitement à chaque scène et contribue grandement à l’ambiance de ce huis clos hivernal. J’avoue néanmoins que j’ai été au final un peu déçu par la musique, que je trouve moins marquante que dans les précédentes réalisations de QT.

Bref, « Les 8 Salopards » est sans conteste un bon film de Tarantino, jouant ses codes à fond et nous offrant un western totalement original. Je vous le conseille sans problème.

L'avis de Paul :

Oh my ! L’avantage avec Tarantino, dans mon cas, est que je n’ai jamais été déçu par un de ses films. En allant voir un Tarantino, je sais pertinemment  que je vais ressortir de la salle avec un sourire jusqu’aux oreilles, avec le sentiment bénéfique d’un mec qui sort d’une bonne séance de ciné. Et le côté magique, c’est que je sais globalement à quoi m’attendre, mais je suis toujours surpris ; et ça a été le cas avec Les 8 Salopards.

Avec ce film, Tarantino nous offre un retour aux sources, avec un huis clos à l’ambiance poisseuse dans l’esprit de son Reservoir Dogs, et un casting de choix, composé d’acteurs fétiches (Samuel L. Jackson), de nouvelles têtes (Jennifer Jason Leigh) et d’anciens dont la dernière collaboration avec QT remonte pour certains à ses début (Tim Roth, Kurt Russell). Le film nous réserve même quelques guest inattendus à la fin du film. Le découpage du film en chapitre, l’une de ses marques de fabrique, va lui permettre de jouer avec la temporalité et de nous offrir avec un très beau flash back le fin mot de l’histoire. Et ainsi que mon collègue l’a pointé, un narrateur qui n’est autre que Tarantino lui-même fera son apparition au beau milieu du récit ; ce choix de narration, qui peut surprendre dans la version classique du film, a plus surement été pensé pour les projections du film en 70 mm (à l’une desquelles  votre serviteur a assisté) et qui comporte une introduction et un entracte.

Le tour de force du film est d’annoncer d’emblée que ses personnages sont des anti-héros, mais de leur donner à chacun une personnalité telle que le spectateur va finir par les apprécier. C’est justement là le grand talent de Tarantino : la qualité d’écriture de ses personnages, qui vont quant à eux être portés par des acteurs dirigés à la perfection. Samuel L. Jackson nous offre une prestation d’un ancien militaire qui lutte contre le racisme bien ancré dans cette période d’après guerre de sécession, qui lui va comme un gant. Walton Goggins est impeccable en presque shérif encore jeune et inexpérimenté qui s’apprête à recevoir une bien lourde charge, Tim Roth très bon dans le rôle du bourreau/dandy et joue beaucoup de son accent british, et les autres membres du casting jouent également avec un réalisme et un background qui apporte de l’ampleur à l’histoire.

Les 8 salopards

Les dialogues sont terriblement savoureux © The Weinstein Company

La réalisation est, comme dans toute la filmographie de Tarantino, incroyable de dynamisme et de précision. On trouvera beaucoup de gros plans, ce qui nous fera ressentir la difficulté de cohabitation de 9 personnes inconnues dans un petit espace tel que l’épicerie de Minnie. Et c’est également ceux-ci qui nous fera ressentir ce film comme le plus violent et sanglant de QT. L’espace dans la pièce est délimité par des plans fixes qui donnent presque l’impression d’avoir des pièces différentes, montrant que chacun peut essayer de s’isoler ; mais l’isolation ne dure guère et les protagonistes sont sans cesse ramenés à la réalité par différentes altercations. Et pour ajouter à ce qua dit Max à propos d’un western sous forme d’enquête policière, on peut facilement y associer cette découpe de l’espace et le film se transformerait presque en une partie de cluedo.

Car l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai énormément apprécié ce film est que Tarantino brouille les pistes, fait douter le spectateur, pour finir sur le retournement final en un condensé de violence pure et très réaliste (qui, il faut bien l’admettre, est tournée de sorte à ce que le spectateur s’en amuse, dans un style purement tarantinesque), et qui, effectivement, va nous faire douter de l’issue jusqu’au dernier instant du film.

Pour finir, quelques mots rapides sur une bande son magnifique signée Enio Moricone, qui hablle parfaitement le film et l’ambiance western/thriller, mais qui, chose incroyable chez ce cher Quentin, reste assez discrète.

Au final, si vous êtes familier de Pulp Fiction, Inglorious Basterds et autres Kill Bill, et que vous appréciez, foncez voir ce film, c’est sans conteste l’un des meilleurs de la filmographie de Tarantino, une vraie réussite !

Maxime

Maxime

Digne représentant de la génération Y, j’ai été conditionné par le visionnage des blockbusters à pop-corn et du cinéma indépendant bien glauque des 90s. C’est en apprenant la façon dont le cinéma fonctionne que j’ai commencé à me passionner pour cet art. J’aime tous les styles, mais j’avoue volontiers un penchant pour la SF, surtout quand elle porte un message. On me décrit comme quelqu’un qui aime partager ses idées, comme on partage un ananas trop gros pour être mangé seul.

Synopsis de Les 8 Salopards
Le chasseur de primes John Ruth fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes.

L'avis de Maxime

Le nouveau Tarantino est arrivé ! Grand fan devant l’éternel du bonhomme, je vous laisse imaginer mon trépignement au moment de rentrer dans la salle de ciné. La bande-annonce ne laissait prévoir que du bon, et rien ne m’amenait à penser que ce film allait me décevoir. Voyons donc si QT a tenu son pari avec sa nouvelle plongée dans le monde des westerns.

L’histoire est donc simple mais loin d’être simpliste. Se déroulant après la chute des sudistes américains, on retrouve le thème de la traite des noirs déjà présent dans « Django Unchained » qui ne manquera pas de semer quelques discordes. Le développement du scénario à base de chapitre si cher à Tarantino est de retour, auquel vient parfois s’ajouter un narrateur, débarquant de nulle part au milieu du film, et s’adressant aux spectateurs comme si il contait une histoire à des enfants, ce qui est assez drôle. Comme s’il n’y avait pas assez de gueules cassées dans ce film pour nous livrer ce récit.

Parlons-en d’ailleurs de cette bande de salopards avec qui nous sommes invités à passer presque trois heures dans une auberge en plein blizzard. QT a ramené toute sa bande d’habitués (Russel, Jackson, Madsen, Roth et même Dern et Goggins qui signent ici leur deuxième rôle Tarantinesque) auxquels viennent s’ajouter de nouvelles têtes (Jason Leigh, Bichir). Chacun tient son personnage à la perfection, même si je trouve Michael Madsen un peu sous-exploité. Néanmoins, la force de Tarantino, c’est d’arriver à donner un charisme indéniable à tous ces personnages, en faisant de ceux qu’on voyait comme des ploucs de service au premier abord des personnes qui se révèlent complètement, et souvent de manière inattendue et brutale. Mention spéciale à monsieur Samuel L.Jackson qui envahi l’écran par sa prestation dans un rôle taillé pour lui, dans lequel il a dû bien s’amuser.

Les 8 salopard

Les faces à faces sont extrêmement tendus ©The Weinstein Company

Mais le coup de maître des « 8 salopards », ce sont ses dialogues, qui sont pour moi parmi les meilleurs que Tarantino n’ait jamais écrit. En plaçant son récit dans l’après-guerre de sécession, le réalisateur s’est offert un sujet de choix pour créer des tensions entre ses différents protagonistes. Les différents entre sudistes et nordistes, esclavagistes et combattants de la liberté, blancs et noirs… Autant de points sur lesquels nos huit salopards vous pouvoir gentiment se vanner avec un langage des plus fleuri. Parce qu’un film de Tarantino, c’est comme ça que ça fonctionne. De longues discussions qui font très doucement monter la pression, jusqu’à ce que la tension soit intenable et finisse par exploser dans un déchaînement de violence fulgurante. « Les 8 salopards » s’inscrit dans cette logique, mais elle est ici poussée à l’extrême. Passé le plan séquence de départ très travaillé du générique, on pourrait presque réduire l’histoire à une montée en tension de deux heures et un climax ultra-violent dans le dernier quart. J’ose même m’avancer à dire qu’il s’agît probablement du film de Tarantino le plus gore, le plus graphique et surtout le plus réaliste à ce niveau, ce qui dénote complètement avec les fusillades décomplexées de son précédent western.

Par ailleurs, le fait d’enfermer tous les protagonistes dans un seul et même lieu dont personne ne peut s’échapper donne au long-métrage un cachet complètement différent de celui de « Django Unchained ». On a l’impression de se retrouver dans une véritable enquête policière, alors que le décor et la situation rappelle presque ceux d’un film horrifique. Ce mélange est assez étonnant mais marche plutôt bien, nous plongeant dans une tension omniprésente jusqu’à la dernière seconde du film. Et la bande originale (signé Ennio Morricone, western oblige) colle parfaitement à chaque scène et contribue grandement à l’ambiance de ce huis clos hivernal. J’avoue néanmoins que j’ai été au final un peu déçu par la musique, que je trouve moins marquante que dans les précédentes réalisations de QT.

Bref, « Les 8 Salopards » est sans conteste un bon film de Tarantino, jouant ses codes à fond et nous offrant un western totalement original. Je vous le conseille sans problème.

L'avis de Paul :

Oh my ! L’avantage avec Tarantino, dans mon cas, est que je n’ai jamais été déçu par un de ses films. En allant voir un Tarantino, je sais pertinemment  que je vais ressortir de la salle avec un sourire jusqu’aux oreilles, avec le sentiment bénéfique d’un mec qui sort d’une bonne séance de ciné. Et le côté magique, c’est que je sais globalement à quoi m’attendre, mais je suis toujours surpris ; et ça a été le cas avec Les 8 Salopards.

Avec ce film, Tarantino nous offre un retour aux sources, avec un huis clos à l’ambiance poisseuse dans l’esprit de son Reservoir Dogs, et un casting de choix, composé d’acteurs fétiches (Samuel L. Jackson), de nouvelles têtes (Jennifer Jason Leigh) et d’anciens dont la dernière collaboration avec QT remonte pour certains à ses début (Tim Roth, Kurt Russell). Le film nous réserve même quelques guest inattendus à la fin du film. Le découpage du film en chapitre, l’une de ses marques de fabrique, va lui permettre de jouer avec la temporalité et de nous offrir avec un très beau flash back le fin mot de l’histoire. Et ainsi que mon collègue l’a pointé, un narrateur qui n’est autre que Tarantino lui-même fera son apparition au beau milieu du récit ; ce choix de narration, qui peut surprendre dans la version classique du film, a plus surement été pensé pour les projections du film en 70 mm (à l’une desquelles  votre serviteur a assisté) et qui comporte une introduction et un entracte.

Le tour de force du film est d’annoncer d’emblée que ses personnages sont des anti-héros, mais de leur donner à chacun une personnalité telle que le spectateur va finir par les apprécier. C’est justement là le grand talent de Tarantino : la qualité d’écriture de ses personnages, qui vont quant à eux être portés par des acteurs dirigés à la perfection. Samuel L. Jackson nous offre une prestation d’un ancien militaire qui lutte contre le racisme bien ancré dans cette période d’après guerre de sécession, qui lui va comme un gant. Walton Goggins est impeccable en presque shérif encore jeune et inexpérimenté qui s’apprête à recevoir une bien lourde charge, Tim Roth très bon dans le rôle du bourreau/dandy et joue beaucoup de son accent british, et les autres membres du casting jouent également avec un réalisme et un background qui apporte de l’ampleur à l’histoire.

Les 8 salopards

Les dialogues sont terriblement savoureux © The Weinstein Company

La réalisation est, comme dans toute la filmographie de Tarantino, incroyable de dynamisme et de précision. On trouvera beaucoup de gros plans, ce qui nous fera ressentir la difficulté de cohabitation de 9 personnes inconnues dans un petit espace tel que l’épicerie de Minnie. Et c’est également ceux-ci qui nous fera ressentir ce film comme le plus violent et sanglant de QT. L’espace dans la pièce est délimité par des plans fixes qui donnent presque l’impression d’avoir des pièces différentes, montrant que chacun peut essayer de s’isoler ; mais l’isolation ne dure guère et les protagonistes sont sans cesse ramenés à la réalité par différentes altercations. Et pour ajouter à ce qua dit Max à propos d’un western sous forme d’enquête policière, on peut facilement y associer cette découpe de l’espace et le film se transformerait presque en une partie de cluedo.

Car l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai énormément apprécié ce film est que Tarantino brouille les pistes, fait douter le spectateur, pour finir sur le retournement final en un condensé de violence pure et très réaliste (qui, il faut bien l’admettre, est tournée de sorte à ce que le spectateur s’en amuse, dans un style purement tarantinesque), et qui, effectivement, va nous faire douter de l’issue jusqu’au dernier instant du film.

Pour finir, quelques mots rapides sur une bande son magnifique signée Enio Moricone, qui hablle parfaitement le film et l’ambiance western/thriller, mais qui, chose incroyable chez ce cher Quentin, reste assez discrète.

Au final, si vous êtes familier de Pulp Fiction, Inglorious Basterds et autres Kill Bill, et que vous appréciez, foncez voir ce film, c’est sans conteste l’un des meilleurs de la filmographie de Tarantino, une vraie réussite !

Maxime

Maxime

Digne représentant de la génération Y, j’ai été conditionné par le visionnage des blockbusters à pop-corn et du cinéma indépendant bien glauque des 90s. C’est en apprenant la façon dont le cinéma fonctionne que j’ai commencé à me passionner pour cet art. J’aime tous les styles, mais j’avoue volontiers un penchant pour la SF, surtout quand elle porte un message. On me décrit comme quelqu’un qui aime partager ses idées, comme on partage un ananas trop gros pour être mangé seul.

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Synopsis de Les 8 Salopards
Le chasseur de primes John Ruth fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes.

L'avis de Maxime

Le nouveau Tarantino est arrivé ! Grand fan devant l’éternel du bonhomme, je vous laisse imaginer mon trépignement au moment de rentrer dans la salle de ciné. La bande-annonce ne laissait prévoir que du bon, et rien ne m’amenait à penser que ce film allait me décevoir. Voyons donc si QT a tenu son pari avec sa nouvelle plongée dans le monde des westerns.

L’histoire est donc simple mais loin d’être simpliste. Se déroulant après la chute des sudistes américains, on retrouve le thème de la traite des noirs déjà présent dans « Django Unchained » qui ne manquera pas de semer quelques discordes. Le développement du scénario à base de chapitre si cher à Tarantino est de retour, auquel vient parfois s’ajouter un narrateur, débarquant de nulle part au milieu du film, et s’adressant aux spectateurs comme si il contait une histoire à des enfants, ce qui est assez drôle. Comme s’il n’y avait pas assez de gueules cassées dans ce film pour nous livrer ce récit.

Parlons-en d’ailleurs de cette bande de salopards avec qui nous sommes invités à passer presque trois heures dans une auberge en plein blizzard. QT a ramené toute sa bande d’habitués (Russel, Jackson, Madsen, Roth et même Dern et Goggins qui signent ici leur deuxième rôle Tarantinesque) auxquels viennent s’ajouter de nouvelles têtes (Jason Leigh, Bichir). Chacun tient son personnage à la perfection, même si je trouve Michael Madsen un peu sous-exploité. Néanmoins, la force de Tarantino, c’est d’arriver à donner un charisme indéniable à tous ces personnages, en faisant de ceux qu’on voyait comme des ploucs de service au premier abord des personnes qui se révèlent complètement, et souvent de manière inattendue et brutale. Mention spéciale à monsieur Samuel L.Jackson qui envahi l’écran par sa prestation dans un rôle taillé pour lui, dans lequel il a dû bien s’amuser.

Les 8 salopard

Les faces à faces sont extrêmement tendus ©The Weinstein Company

Mais le coup de maître des « 8 salopards », ce sont ses dialogues, qui sont pour moi parmi les meilleurs que Tarantino n’ait jamais écrit. En plaçant son récit dans l’après-guerre de sécession, le réalisateur s’est offert un sujet de choix pour créer des tensions entre ses différents protagonistes. Les différents entre sudistes et nordistes, esclavagistes et combattants de la liberté, blancs et noirs… Autant de points sur lesquels nos huit salopards vous pouvoir gentiment se vanner avec un langage des plus fleuri. Parce qu’un film de Tarantino, c’est comme ça que ça fonctionne. De longues discussions qui font très doucement monter la pression, jusqu’à ce que la tension soit intenable et finisse par exploser dans un déchaînement de violence fulgurante. « Les 8 salopards » s’inscrit dans cette logique, mais elle est ici poussée à l’extrême. Passé le plan séquence de départ très travaillé du générique, on pourrait presque réduire l’histoire à une montée en tension de deux heures et un climax ultra-violent dans le dernier quart. J’ose même m’avancer à dire qu’il s’agît probablement du film de Tarantino le plus gore, le plus graphique et surtout le plus réaliste à ce niveau, ce qui dénote complètement avec les fusillades décomplexées de son précédent western.

Par ailleurs, le fait d’enfermer tous les protagonistes dans un seul et même lieu dont personne ne peut s’échapper donne au long-métrage un cachet complètement différent de celui de « Django Unchained ». On a l’impression de se retrouver dans une véritable enquête policière, alors que le décor et la situation rappelle presque ceux d’un film horrifique. Ce mélange est assez étonnant mais marche plutôt bien, nous plongeant dans une tension omniprésente jusqu’à la dernière seconde du film. Et la bande originale (signé Ennio Morricone, western oblige) colle parfaitement à chaque scène et contribue grandement à l’ambiance de ce huis clos hivernal. J’avoue néanmoins que j’ai été au final un peu déçu par la musique, que je trouve moins marquante que dans les précédentes réalisations de QT.

Bref, « Les 8 Salopards » est sans conteste un bon film de Tarantino, jouant ses codes à fond et nous offrant un western totalement original. Je vous le conseille sans problème.

L'avis de Paul :

Oh my ! L’avantage avec Tarantino, dans mon cas, est que je n’ai jamais été déçu par un de ses films. En allant voir un Tarantino, je sais pertinemment  que je vais ressortir de la salle avec un sourire jusqu’aux oreilles, avec le sentiment bénéfique d’un mec qui sort d’une bonne séance de ciné. Et le côté magique, c’est que je sais globalement à quoi m’attendre, mais je suis toujours surpris ; et ça a été le cas avec Les 8 Salopards.

Avec ce film, Tarantino nous offre un retour aux sources, avec un huis clos à l’ambiance poisseuse dans l’esprit de son Reservoir Dogs, et un casting de choix, composé d’acteurs fétiches (Samuel L. Jackson), de nouvelles têtes (Jennifer Jason Leigh) et d’anciens dont la dernière collaboration avec QT remonte pour certains à ses début (Tim Roth, Kurt Russell). Le film nous réserve même quelques guest inattendus à la fin du film. Le découpage du film en chapitre, l’une de ses marques de fabrique, va lui permettre de jouer avec la temporalité et de nous offrir avec un très beau flash back le fin mot de l’histoire. Et ainsi que mon collègue l’a pointé, un narrateur qui n’est autre que Tarantino lui-même fera son apparition au beau milieu du récit ; ce choix de narration, qui peut surprendre dans la version classique du film, a plus surement été pensé pour les projections du film en 70 mm (à l’une desquelles  votre serviteur a assisté) et qui comporte une introduction et un entracte.

Le tour de force du film est d’annoncer d’emblée que ses personnages sont des anti-héros, mais de leur donner à chacun une personnalité telle que le spectateur va finir par les apprécier. C’est justement là le grand talent de Tarantino : la qualité d’écriture de ses personnages, qui vont quant à eux être portés par des acteurs dirigés à la perfection. Samuel L. Jackson nous offre une prestation d’un ancien militaire qui lutte contre le racisme bien ancré dans cette période d’après guerre de sécession, qui lui va comme un gant. Walton Goggins est impeccable en presque shérif encore jeune et inexpérimenté qui s’apprête à recevoir une bien lourde charge, Tim Roth très bon dans le rôle du bourreau/dandy et joue beaucoup de son accent british, et les autres membres du casting jouent également avec un réalisme et un background qui apporte de l’ampleur à l’histoire.

Les 8 salopards

Les dialogues sont terriblement savoureux © The Weinstein Company

La réalisation est, comme dans toute la filmographie de Tarantino, incroyable de dynamisme et de précision. On trouvera beaucoup de gros plans, ce qui nous fera ressentir la difficulté de cohabitation de 9 personnes inconnues dans un petit espace tel que l’épicerie de Minnie. Et c’est également ceux-ci qui nous fera ressentir ce film comme le plus violent et sanglant de QT. L’espace dans la pièce est délimité par des plans fixes qui donnent presque l’impression d’avoir des pièces différentes, montrant que chacun peut essayer de s’isoler ; mais l’isolation ne dure guère et les protagonistes sont sans cesse ramenés à la réalité par différentes altercations. Et pour ajouter à ce qua dit Max à propos d’un western sous forme d’enquête policière, on peut facilement y associer cette découpe de l’espace et le film se transformerait presque en une partie de cluedo.

Car l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai énormément apprécié ce film est que Tarantino brouille les pistes, fait douter le spectateur, pour finir sur le retournement final en un condensé de violence pure et très réaliste (qui, il faut bien l’admettre, est tournée de sorte à ce que le spectateur s’en amuse, dans un style purement tarantinesque), et qui, effectivement, va nous faire douter de l’issue jusqu’au dernier instant du film.

Pour finir, quelques mots rapides sur une bande son magnifique signée Enio Moricone, qui hablle parfaitement le film et l’ambiance western/thriller, mais qui, chose incroyable chez ce cher Quentin, reste assez discrète.

Au final, si vous êtes familier de Pulp Fiction, Inglorious Basterds et autres Kill Bill, et que vous appréciez, foncez voir ce film, c’est sans conteste l’un des meilleurs de la filmographie de Tarantino, une vraie réussite !

Maxime

Maxime

Digne représentant de la génération Y, j’ai été conditionné par le visionnage des blockbusters à pop-corn et du cinéma indépendant bien glauque des 90s. C’est en apprenant la façon dont le cinéma fonctionne que j’ai commencé à me passionner pour cet art. J’aime tous les styles, mais j’avoue volontiers un penchant pour la SF, surtout quand elle porte un message. On me décrit comme quelqu’un qui aime partager ses idées, comme on partage un ananas trop gros pour être mangé seul.

Synopsis de Les 8 Salopards
Le chasseur de primes John Ruth fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes.

L'avis de Maxime

Le nouveau Tarantino est arrivé ! Grand fan devant l’éternel du bonhomme, je vous laisse imaginer mon trépignement au moment de rentrer dans la salle de ciné. La bande-annonce ne laissait prévoir que du bon, et rien ne m’amenait à penser que ce film allait me décevoir. Voyons donc si QT a tenu son pari avec sa nouvelle plongée dans le monde des westerns.

L’histoire est donc simple mais loin d’être simpliste. Se déroulant après la chute des sudistes américains, on retrouve le thème de la traite des noirs déjà présent dans « Django Unchained » qui ne manquera pas de semer quelques discordes. Le développement du scénario à base de chapitre si cher à Tarantino est de retour, auquel vient parfois s’ajouter un narrateur, débarquant de nulle part au milieu du film, et s’adressant aux spectateurs comme si il contait une histoire à des enfants, ce qui est assez drôle. Comme s’il n’y avait pas assez de gueules cassées dans ce film pour nous livrer ce récit.

Parlons-en d’ailleurs de cette bande de salopards avec qui nous sommes invités à passer presque trois heures dans une auberge en plein blizzard. QT a ramené toute sa bande d’habitués (Russel, Jackson, Madsen, Roth et même Dern et Goggins qui signent ici leur deuxième rôle Tarantinesque) auxquels viennent s’ajouter de nouvelles têtes (Jason Leigh, Bichir). Chacun tient son personnage à la perfection, même si je trouve Michael Madsen un peu sous-exploité. Néanmoins, la force de Tarantino, c’est d’arriver à donner un charisme indéniable à tous ces personnages, en faisant de ceux qu’on voyait comme des ploucs de service au premier abord des personnes qui se révèlent complètement, et souvent de manière inattendue et brutale. Mention spéciale à monsieur Samuel L.Jackson qui envahi l’écran par sa prestation dans un rôle taillé pour lui, dans lequel il a dû bien s’amuser.

Les 8 salopard

Les faces à faces sont extrêmement tendus ©The Weinstein Company

Mais le coup de maître des « 8 salopards », ce sont ses dialogues, qui sont pour moi parmi les meilleurs que Tarantino n’ait jamais écrit. En plaçant son récit dans l’après-guerre de sécession, le réalisateur s’est offert un sujet de choix pour créer des tensions entre ses différents protagonistes. Les différents entre sudistes et nordistes, esclavagistes et combattants de la liberté, blancs et noirs… Autant de points sur lesquels nos huit salopards vous pouvoir gentiment se vanner avec un langage des plus fleuri. Parce qu’un film de Tarantino, c’est comme ça que ça fonctionne. De longues discussions qui font très doucement monter la pression, jusqu’à ce que la tension soit intenable et finisse par exploser dans un déchaînement de violence fulgurante. « Les 8 salopards » s’inscrit dans cette logique, mais elle est ici poussée à l’extrême. Passé le plan séquence de départ très travaillé du générique, on pourrait presque réduire l’histoire à une montée en tension de deux heures et un climax ultra-violent dans le dernier quart. J’ose même m’avancer à dire qu’il s’agît probablement du film de Tarantino le plus gore, le plus graphique et surtout le plus réaliste à ce niveau, ce qui dénote complètement avec les fusillades décomplexées de son précédent western.

Par ailleurs, le fait d’enfermer tous les protagonistes dans un seul et même lieu dont personne ne peut s’échapper donne au long-métrage un cachet complètement différent de celui de « Django Unchained ». On a l’impression de se retrouver dans une véritable enquête policière, alors que le décor et la situation rappelle presque ceux d’un film horrifique. Ce mélange est assez étonnant mais marche plutôt bien, nous plongeant dans une tension omniprésente jusqu’à la dernière seconde du film. Et la bande originale (signé Ennio Morricone, western oblige) colle parfaitement à chaque scène et contribue grandement à l’ambiance de ce huis clos hivernal. J’avoue néanmoins que j’ai été au final un peu déçu par la musique, que je trouve moins marquante que dans les précédentes réalisations de QT.

Bref, « Les 8 Salopards » est sans conteste un bon film de Tarantino, jouant ses codes à fond et nous offrant un western totalement original. Je vous le conseille sans problème.

L'avis de Paul :

Oh my ! L’avantage avec Tarantino, dans mon cas, est que je n’ai jamais été déçu par un de ses films. En allant voir un Tarantino, je sais pertinemment  que je vais ressortir de la salle avec un sourire jusqu’aux oreilles, avec le sentiment bénéfique d’un mec qui sort d’une bonne séance de ciné. Et le côté magique, c’est que je sais globalement à quoi m’attendre, mais je suis toujours surpris ; et ça a été le cas avec Les 8 Salopards.

Avec ce film, Tarantino nous offre un retour aux sources, avec un huis clos à l’ambiance poisseuse dans l’esprit de son Reservoir Dogs, et un casting de choix, composé d’acteurs fétiches (Samuel L. Jackson), de nouvelles têtes (Jennifer Jason Leigh) et d’anciens dont la dernière collaboration avec QT remonte pour certains à ses début (Tim Roth, Kurt Russell). Le film nous réserve même quelques guest inattendus à la fin du film. Le découpage du film en chapitre, l’une de ses marques de fabrique, va lui permettre de jouer avec la temporalité et de nous offrir avec un très beau flash back le fin mot de l’histoire. Et ainsi que mon collègue l’a pointé, un narrateur qui n’est autre que Tarantino lui-même fera son apparition au beau milieu du récit ; ce choix de narration, qui peut surprendre dans la version classique du film, a plus surement été pensé pour les projections du film en 70 mm (à l’une desquelles  votre serviteur a assisté) et qui comporte une introduction et un entracte.

Le tour de force du film est d’annoncer d’emblée que ses personnages sont des anti-héros, mais de leur donner à chacun une personnalité telle que le spectateur va finir par les apprécier. C’est justement là le grand talent de Tarantino : la qualité d’écriture de ses personnages, qui vont quant à eux être portés par des acteurs dirigés à la perfection. Samuel L. Jackson nous offre une prestation d’un ancien militaire qui lutte contre le racisme bien ancré dans cette période d’après guerre de sécession, qui lui va comme un gant. Walton Goggins est impeccable en presque shérif encore jeune et inexpérimenté qui s’apprête à recevoir une bien lourde charge, Tim Roth très bon dans le rôle du bourreau/dandy et joue beaucoup de son accent british, et les autres membres du casting jouent également avec un réalisme et un background qui apporte de l’ampleur à l’histoire.

Les 8 salopards

Les dialogues sont terriblement savoureux © The Weinstein Company

La réalisation est, comme dans toute la filmographie de Tarantino, incroyable de dynamisme et de précision. On trouvera beaucoup de gros plans, ce qui nous fera ressentir la difficulté de cohabitation de 9 personnes inconnues dans un petit espace tel que l’épicerie de Minnie. Et c’est également ceux-ci qui nous fera ressentir ce film comme le plus violent et sanglant de QT. L’espace dans la pièce est délimité par des plans fixes qui donnent presque l’impression d’avoir des pièces différentes, montrant que chacun peut essayer de s’isoler ; mais l’isolation ne dure guère et les protagonistes sont sans cesse ramenés à la réalité par différentes altercations. Et pour ajouter à ce qua dit Max à propos d’un western sous forme d’enquête policière, on peut facilement y associer cette découpe de l’espace et le film se transformerait presque en une partie de cluedo.

Car l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai énormément apprécié ce film est que Tarantino brouille les pistes, fait douter le spectateur, pour finir sur le retournement final en un condensé de violence pure et très réaliste (qui, il faut bien l’admettre, est tournée de sorte à ce que le spectateur s’en amuse, dans un style purement tarantinesque), et qui, effectivement, va nous faire douter de l’issue jusqu’au dernier instant du film.

Pour finir, quelques mots rapides sur une bande son magnifique signée Enio Moricone, qui hablle parfaitement le film et l’ambiance western/thriller, mais qui, chose incroyable chez ce cher Quentin, reste assez discrète.

Au final, si vous êtes familier de Pulp Fiction, Inglorious Basterds et autres Kill Bill, et que vous appréciez, foncez voir ce film, c’est sans conteste l’un des meilleurs de la filmographie de Tarantino, une vraie réussite !

Maxime

Maxime

Digne représentant de la génération Y, j’ai été conditionné par le visionnage des blockbusters à pop-corn et du cinéma indépendant bien glauque des 90s. C’est en apprenant la façon dont le cinéma fonctionne que j’ai commencé à me passionner pour cet art. J’aime tous les styles, mais j’avoue volontiers un penchant pour la SF, surtout quand elle porte un message. On me décrit comme quelqu’un qui aime partager ses idées, comme on partage un ananas trop gros pour être mangé seul.

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